Un avenir radieux

Quand un publicitaire doué s’attaque à la vieillesse, on peut s’attendre à tout… Heureusement, Éric Hélias est un optimiste, il voit le meilleur dans tout ce qu’il regarde (ce n’est pas pour rien qu’il fait ce métier) et, en plus, il se sent concerné par son sujet. Vieillir ne devrait pas vous empêcher de rester jeune s’adresse en effet à une génération charnière qui a vécu beaucoup de changements et qui s’interroge sur son avenir. On s’attendrait à un gros pavé plein de bonnes intentions, mais non, l’objet dépasse à peine les 100 pages : pourquoi faire long quand la vie est si courte ? L’auteur a accepté de répondre à cinq questions sur son livre…

Pourquoi écrire aujourd’hui un petit livre sur la vieillesse ?
Je ne suis ni sociologue, ni écrivain, ni psychanalyste mais un publicitaire qui regarde la société et qui l’analyse : j’ai donc utilisé cette extension de mon métier pour écrire ce petit essai. Petit parce que c’est le premier et parce que je reste modeste dans la démarche ! Nous verrons si cet ouvrage intéresse les gens et s’il peut ainsi devenir un livre à suivre étant donné son sujet effectivement vaste, presque sans fin… C’est plus un livre sur la jeunesse qui dure que sur la vieillesse. Alors que l’actualité traite celle-ci souvent par le biais de l’emploi au lieu de proposer un regard à 360 degrés sur l’âge. Les personnes de 50-65 ans, que les autres appellent les seniors, me font plus penser à de nouveaux vieux, c’est-à-dire des gens normaux, en fait. L’âge ne doit pas être un critère mais une façon de qualifier des générations. La plupart d’entre nous ne sommes pas des boomers, personne n’est déterminé par une lettre ou par une nouvelle expression qui lui est assignée pour mieux l’enfermer, au contraire, on est beaucoup plus intéressant que ça. Plus précisément, ce qui m’a donné envie d’écrire ce livre, c’est que notre génération ne ressemble pas à celle de nos aînés et surtout pas à celle de nos enfants. Notre génération est à part.

Qu’est-ce qui fait qu’on devient vieux ?
Je tiens à rappeler qu’on devient vieux dès la naissance puisqu’on vieillit chaque minute, le principe de vieillesse est intégré à notre ADN. Un enfant de 5 ans est plus vieux qu’un bébé de 2 ans, un enfant de 12 ans trouve que ceux de 5 ans sont des jeunes et celui de 5 ans que ceux de 12 ans sont des vieux. On est toujours le vieux d’un autre et, inversement, on est toujours le jeune d’un autre : la vieillesse est un concept qu’on nous impose, avec des paliers… Pourtant, encore une fois, dès la naissance, on commence à vieillir car la finalité est de vivre un certain temps. Et c’est ça qui est intéressant : la jeunesse et la vieillesse ne sont qu’un ressenti. On peut être jeune et se sentir décalé par rapport à sa tranche d’âge, comme on peut être vieux et conservateur dès le plus jeune âge, rester frais et ouvert toute sa vie, être un centenaire incroyablement jeune et vivace… Tout se passe dans le cerveau et non pas dans le corps. C’est l’âge du cerveau qui compte plutôt que celui des artères…

Qu’est-ce qui distingue un homme vieux d’une femme vieille ?
Rien du tout ! Ce n’est pas une question de sexe ni d’âge, mais l’envie de progresser toute sa vie, l’envie d’apparaître au mieux, l’envie de continuer à voir du monde, l’envie de se cultiver… Je pense qu’il n’y a aucune différence entre un homme et une femme qui vieillissent bien. Ce sont deux personnes qui sont bien dans leur peau, quel que soit l’âge de leur peau.

Les actrices de 50 ans qui sont systématiquement écartées des castings ne seront pas tout à fait d’accord avec toi…
Oui, c’est vrai, j’en parle dans le livre. Les actrices et les mannequins ont en effet été les premières à le dire : elles se sentent ostracisées parce qu’on regarde d’abord leur représentation physique et non leur talent. Mais je pense que c’est en fait pareil pour tout le monde. Dans beaucoup de professions, les personnes de plus de 50 ans se plaignent d’être traitées de seniors ou d’invisibles, et ce phénomène arrive dans toutes les couches de la société. C’est bien pour ça que ce constat n’est pas vrai : une actrice peut être excellente toute sa vie, il existe plein d’exemples d’actrices qui ont assumé leur âge et leurs rides sans cesser de jouer de grands rôles. Par exemple Meryl Streep : on ne parle pas de son âge, on parle de ses rôles…

Quelles découvertes as-tu faites quand tu as écrit ce livre ?
J’ai découvert d’abord qu’écrire était plus difficile que je ne le pensais ! Il s’agit d’une activité de long terme, alors que je suis issu de la pub, c’est-à-dire le lieu du court-termisme absolu, de l’écriture la plus courte possible ! J’ai donc découvert qu’il fallait au moins un an et demi pour réfléchir, pour écrire, pour réécrire, même dans le cas d’un petit livre de 100 pages… Un bien long chemin, en fait ! Ce qui est intéressant, aussi, c’est que j’ai découvert que ce sujet me concerne puisque j’ai l’âge de ma cible, tout en concernant beaucoup de monde autour de moi, alors qu’on n’en parle jamais. La vieillesse est souvent pleine de non-dits, on ne la traite pas, tout le monde en parle de façon officieuse, peu en parlent de façon officielle, sinon sous forme de coups de gueule. Il existe quand même des phénomènes : Mesdames Média de Maïtena Biraben, le magazine trimestriel Vieux… Sur LinkedIn, des gens de ma génération postent des coups de gueule pour dire qu’ils en ont assez des algorithmes qui regardent la date des diplômes afin d’éviter de sélectionner des vieux avant un entretien d’embauche… S’il existe en effet une réalité officieuse qu’il faut dénoncer, je pense qu’il faut le faire positivement : je vois des gens de ma génération en pleine forme, bien dans leur peau, avec une belle carrière et qui ne veulent pas s’acharner à travailler pour de mauvaises raisons dans une société qui évolue sans eux alors qu’ils sont très heureux avec leurs enfants, qu’ils les regardent de façon positive avec ce qu’ils vont amener. C’est typique de ce changement de génération et de société que nous sommes en train de vivre avec l’intelligence artificielle, avec de nouveaux raisonnements, avec de nouveaux métiers, avec de nouveaux challenges. Pour moi, c’est tout à fait normal et c’est intéressant à vivre. J’avais donc envie d’en faire un essai optimiste sur ma génération.

Dans la même catégorie

Inconcevable conception

Voici donc une courte présentation de notre manière de concevoir ce que nous avons la chance de publier. Auparavant, une précision s’impose : l’impression à la demande entraîne des choix graphiques que l’édition classique ne connaît pas nécessairement. En effet, le prix de revient d’un exemplaire imprimé à la demande...

Écrire, c’est vivre

Comment vous est venue l’intention d’écrire après avoir appris que vous étiez atteinte d’une maladie grave ?Au début, je n’avais aucune intention, je ne me suis mise à écrire qu’après un certain temps, quand j’ai senti que ça dérapait, que mon parcours n’allait pas vraiment se passer en deux coups...

Secret Link

Abonnez-vous à la Newsletter Cent Mille Milliards