Comment as-tu choisi le sujet plutôt sensible de La guerre ?
Le théâtre, même le théâtre comique, offre au spectateur un privilège : celui d’être le témoin d’un instant dramatique. C’est autour de cet enjeu que se construit l’intrigue. Partant, la guerre est un décor privilégié. Comme le cinéma ou la littérature, le théâtre se nourrit des périodes sombres. Et parmi les protagonistes de l’histoire, le destin de certains d’entre eux est propice à la mise en scène. Il y a les héros, bien sûr. Le film récent sur de Gaulle en est la parfaite illustration. Mais, le théâtre plus intimiste permet d’aller à la rencontre de personnages plus complexes. La pièce Diplomatie de Cyril Gély en est un parfait exemple. À cet égard, en découvrant cette période de l’histoire, j’ai été marqué par la destinée de Pierre Pucheu. On peut le présenter comme le fit Costa-Gavras dans son film Section Spéciale (1975). Michael Lonsdale y campe magistralement un ministre de l’Intérieur de Pétain et Darlan, parfaitement odieux. On peut aussi voir dans la destinée de Pucheu la quintessence de la dramaturgie des choix et de la gravité de leurs conséquences en temps de guerre.

Photo : Michael Lonsdale interprète Pierre Pucheu dans le film Section spéciale, de Costa-Gavras (1975).
Quelles sont tes pièces de théâtre préférées ?
C’est difficile à dire. Chaque période de la vie est marquée par des œuvres et par les personnalités qui y sont associées. Je dois à mon professeur de français de Première – un certain Daniel Pennac – d’avoir découvert Lorenzaccio. Mon père me fait lire Montherlant et avec lui je vais voir Le Maître de Santiago. Au cours Simon, puis aux côtés de Danièle Ajoret, je découvre la richesse des œuvres complètes de Feydeau, Molière, Anouilh. C’est celle qui deviendra ma femme qui, un soir, m’invite au théâtre pour voir Le souper de Jean-Claude Brisville. Est encore définitivement inscrit dans ma mémoire le rire de mon plus jeune fils devant Les fourberies de Scapin. Et puis ce sont des acteurs de référence qui parfois révèlent une pièce où un auteur. Des exemples : Zoo story d’Edward Albee et La guérison américaine de James Saunders parce que Laurent Terzieff y tient le premier rôle, La contrebasse de Süskind grâce à un Jacques Villeret stupéfiant…
Quelle méthode de travail utilises-tu pour écrire ?
Je n’ai pas de méthode particulière. Peut être quelques constats… Pour écrire un tout petit peu, j’ai besoin de lire. Énormément. Je dois aussi partager. Raconter mon travail en cours d’écriture est une manière de tester les orientations, les enjeux, de valider ou invalider une idée. Amis, femme et enfants sont mes co-auteurs… Ce que je fais aussi, c’est bien sûr jouer ce que j’écris, seul dans mon salon : comment cela résonne ? Suis-je lassé à la seconde lecture de ce que j’ai écrit quelques jours ou quelques semaines auparavant ? Cet exercice est nécessaire car, dans ce monde du spectacle parisien ou des centaines de pièces sont jouées chaque année, il faut, je crois, se poser sans cesse cette question : ce que je suis en train d’écrire mérite-il d’être publié ? Et d’être joué ?