L’amour de toute une vie

Avec la trilogie Le désordre des choses, Jean-Pierre Zorio-Prachinet aborde la question de l’amour avec un discernement et un abandon absolus. En trois volumes à la fois hilarants et poignants, il met en scène son héros à la poursuite de celle qui a comblé son existence à peine quelques semaines, poursuite qui va pourtant durer des décennies, jusqu’à un saisissant dénouement.
Avec Sana 77, Rien qu’une absence et Les lendemains plus jamais, l’amour dépasse tout ce qu’on peut attendre, et il se pourrait bien que la littérature n’en soit pas la seule responsable…

Première étape : Sana 77
Vous avez 20 ans, vous vivez à Cannes, vous avez passé votre baccalauréat, vous vous préparez à entrer à l’université, et un examen médical vous diagnostique une tuberculose. Vous êtes immédiatement envoyé en sanatorium à Briançon pour y être soigné. On ne peut malheureusement pas dire que l’endroit vaut le détour, d’autant plus qu’il est gardé par l’armée française. Nous sommes en 1977, on ne rigole pas avec une maladie contagieuse et encore mortelle. Pour un début dans l’âge adulte, c’est un début, et vous vous demandez quand vous sortirez de ce traquenard existentiel.
En attendant, vous découvrez les lieux, les étages, les chambres, le foyer et son bar, le Saloon, l’ambiance et les pensionnaires, tous plus âgés, Maurice, Robert, Francis, Tony, etc. Des liens se créent, la vie avance à pas de fourmi. Vous écrivez régulièrement à vos parents pour dire que tout va bien, mais la réalité n’est pas aussi heureuse.
Jusqu’au jour où… Corinne, jeune blonde parisienne, entre à son tour au sanatorium. Tony est évidemment en émois, mais c’est vous, le héros, que Corinne choisit. Et là, d’un coup, la vie change, le printemps arrive, et vous sortez avec une fille, aux yeux de tous. Vous ne savez rien d’elle, sinon qu’elle s’appelle Corinne, vient de Paris, a des crises d’asthme et le cœur fragile, pourtant vous savez que vous ne la quitterez plus. Vous devenez adulte, vous regardez l’avenir. Les autorités ont beau exiger que vous ne fréquentiez plus cette demoiselle du troisième étage, vous continuez de voir Corinne en secret. Même la maladie semble avoir disparu, vous allez définitivement partir le 15 juillet, Corinne attend ses résultats médicaux, vous allez vite vous retrouver, la vie valait vraiment ce détour !
Le soir du 13 juillet, c’est le feu d’artifice. Vous allez le voir ensemble et, bizarrement, vous vous disputez avec Corinne. Le lendemain, vous allez dans sa chambre, mais elle n’est plus là : « Dans la nuit elle a eu une grosse crise d’asthme, on l’a transportée à l’hôpital, elle a des problèmes de cœur. Ses parents sont arrivés ce matin, on nous a dit qu’elle est remontée en ambulance.
— Elle est dans quelle chambre ?
— Pas ici, chez eux, à Paris. »
Corinne à Paris. Vous ne connaissez pas son nom. Et vous n’avez pas son adresse…
Le 15 juillet, vous prenez le train direction Cannes, la tête farcie d’interrogations et d’incompréhension.

Deuxième étape : Rien qu’une absence
Vous voilà de retour chez vos parents avec l’envie d’à peu près rien. Aucune nouvelle de Corinne. Pas question d’aller à l’université, il reste à trouver du boulot. Mais sans envie, ce n’est pas facile. Vous ne pensez qu’à Corinne et vous voulez la revoir. Alors qu’est-ce que vous faites ?
Vous postulez à l’ENP, l’École Nationale de Police, à Toulouse. Avec un peu de chance, vous monterez à Paris et, muni de votre carte de police, vous pourrez enquêter sur Corinne et la retrouver. Nouveau départ, nouvelle découverte d’un milieu avec lequel vous n’avez rien à voir : le campus, les futurs policiers, comme vous mais avec leurs motivations qui n’ont rien à voir avec la vôtre, que vous gardez secrète, et l’ambiance… « Vous n’êtes pas dans un club de vacances, vous devez faire vos preuves, vous dépasser pour vous révéler, vous n’aurez aucune connaissance de vos notes… Vous sortirez de cette école en vrai flic ou vous retournerez d’où vous venez. » Il va falloir l’obtenir ce diplôme… Facile à dire, bien sûr, vous n’êtes pas l’inspecteur Harry Callahan, et toutes ces épreuves sportives, de tir ou administratives sont impossibles à réussir. Heureusement, il y a Claude, Roger, Ignace, avec qui vous formez un beau groupe d’apprentis policiers. Vous découvrez le bonheur des patrouilles la nuit, les interventions de police-secours dans les HLM ou dans les squats. Et vous finissez par avoir votre Sésame : la fameuse carte de police, avec une affectation à la préfecture de police de Paris. Le lundi 17 mars 1980, vous découvrez que vous échouez à l’identité judiciaire, c’est-à-dire le sous-sol du quai des Orfèvres.
Il n’empêche, dès que vous pouvez, vous allez dans les hôpitaux parisiens et, muni de votre carte, vous enquêtez sur Corinne. En vain. Vous écumez les annuaires et les cabines téléphoniques à passer des appels. Pour rien. Corinne reste introuvable, évidemment. C’est quoi cette vie impossible à faire ce métier détestable dans un sous-sol ou à la morgue ? Alors vous vous mettez à écrire votre histoire, soutenu par le propriétaire de votre chambre de bonne, un ancien médecin qui vous initie aux merveilles de la littérature. Tiens, quelque chose de nouveau se produit qui vous fait supporter votre existence absurde dans l’attente de retrouver Corinne…
D’ailleurs, cet aimable docteur Foissonnet vous aide aussi dans votre enquête et vous met sur les traces du père de Corinne. Enfin quelque chose de sérieux ! Mais non, quand vous arrivez à la bonne adresse, ils ont quitté Paris il y a quelques mois à peine, sans laisser aucun indice cette fois-ci… Vous n’en pouvez plus, cela fait déjà quatre ans que ce maudit 13 juillet a eu lieu. Vous démissionnez de la police, vous rentrez à la maison, Corinne toujours dans vos pensées. Que vous avez commencé à écrire…

Troisième étape : Les lendemains plus jamais
Ici, j’arrête de raconter.
Parce que cette sublime histoire d’amour qui franchit les décennies devient complètement dingue. Ce troisième volume de la trilogie Le désordre des choses, après Sana 77 et Rien qu’une absence dont vous venez de lire les résumés beaucoup trop rapides, dépasse véritablement tout ce que vous pourrez imaginer.
Que croyez-vous qu’il s’est ensuite passé ? Que le héros a retrouvé Corinne, qu’ils se sont mariés, ont eu beaucoup d’enfants et vivent heureux en 2026 ? Franchement… Franchement, vous n’auriez pas tort ! Et pourtant… Car toute cette histoire est bien celle de l’auteur, Jean-Pierre Zorio-Prachinet, ancien étudiant tuberculeux, ancien fonctionnaire de police, ancien ouvrier au Palais des festivals à Cannes, ancien employé dans la téléphonie, ancien agent administratif à la préfecture des Alpes maritimes, amant dépité, rescapé sentimental et… écrivain. Et ce dernier volume place son histoire d’amour avec Corinne à un niveau hollywoodien rarement lu de nos jours. Il n’est donc pas question de dévoiler ici quoi que ce soit sur cette épilogue monumental.
En revanche, ce sur quoi il convient d’insister, c’est la maîtrise avec laquelle l’auteur montre comment la vie provoque des évènements qu’on n’oserait pas envisager. Surtout lorsqu’il s’agit d’amour. Ces ressources proches de l’extraordinaire qui surviennent alors que nous n’attendons plus rien des choses qui nous arrivent… C’est pourtant bien là que se tient la preuve de l’amour. Celui pour lequel le temps ne compte plus, sur lequel glisse la houle des jours, avec lequel s’accordent corps, âme et esprit.

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