Écrire et lire

En 2027 paraît chez Cent Mille Milliards un court recueil de nouvelles : Le vent dans la robe. D’où vient cette vingtaine de textes d’une fraîcheur rare, pleins de vitalité et de subtilité, qui racontent les émois amoureux de la jeunesse avec une délicatesse et une lucidité peu fréquentes aussi ? Christie Vanbremeersch écrit (beaucoup, vraiment beaucoup) depuis qu’elle est toute petite. Elle lit énormément aussi. Et elle a un chien. La nouvelle édition revue et augmentée du Vent dans la robe est l’occasion idéale pour discuter avec elle du pouvoir magique de la littérature…

L'auteur Christie Vanbremeersch qui enserre un arbre

Depuis quand écris tu ?

J’ai décidé que j’allais être écrivain – ce qui ne répond pas tout à fait à ta question – quand j’avais huit ans. À cet âge-là, je suis devenue très amie avec Charlotte. (Elle apparaît d’ailleurs dans une ou plusieurs nouvelles du Vent dans la robe… Elle a été très très importante dans ma vie !). On s’est très vite écrit des lettres, quand on était séparées pendant les vacances, par exemple, et on a toutes les deux décidé qu’on allait aussi écrire des histoires. Comme j’avais beaucoup, beaucoup de choses à raconter, je me suis dit : « Je vais être écrivain. » Et je me suis mise à ma grande table, une longue planche en formica blanc accroché au mur de ma chambre. J’ai commencé à essayer de raconter une histoire et j’ai trouvé ça fort déprimant, le décalage entre le génie de ma tête et la pauvreté de ce qui arrivait sur la page. J’ai donc laissé tomber ma carrière naissante pour consacrer toute mon énergie à mon amitié parfois enchanteresse, parfois houleuse, avec Charlotte. Bien des années passent… Et le déclic suivant s’est produit en 1999, quand je suis tombée dans Libération sur une petite annonce faisant la pub des ateliers d’écriture Elisabeth Bing. J’ai alors réalisé que j’étais lassée des seules formes  épistolaire et diariste, j’avais envie d’essayer d’autres formes et je n’ai pas été déçue avec les ateliers d’écriture. 

La forme épistolaire n’est pas de l’écriture ?

Bien sûr que si ! Et j’avais envie d’expérimenter d’autres formes. Dans cet atelier d’écriture, on a essayé vraiment plein de choses, en fonction des propositions du jour, qui me convenaient ou pas. Le premier jet de plusieurs des nouvelles du Vent dans la robe ont été écrites en atelier d’écriture et grâce à une proposition et à un cadre « contraint ».

Entre 8 ans et 25 ans, tu as donc écrit beaucoup de lettres…

Oui. Et mon journal… de manière sporadique. Par exemple, j’ai habité un an au Chili quand j’avais 21 ans. Tous les soirs, j’écrivais dans un énorme cahier tout ce que j’avais mal fait dans ma journée. Cette pratique de relecture, pas très agréable toujours sur le moment, m’a beaucoup aidée, le lendemain ou les jours suivants, à mieux faire. Regarder mon ombre le soir m’a permis de piloter cette année au Chili. J’écrivais aussi énormément de lettres à mes amis, à mes parents.

Quand tu écris des lettres ou quand tu écris ton journal, à quel moment le fais-tu ?

Ma pratique a énormément changé après mes 25 ans. Au Chili, j’habitais chez des gens, et j’écrivais plutôt le soir, en rentrant, après le dîner qui était tôt et en général composé de pain et de beurre, c’était un peu déprimant pour une gourmande comme moi ; parfois je ramenais du magasin un avocat ou du thon pour améliorer l’ordinaire, mais la plupart des soirs j’allais me coucher le ventre creux et je passais dans mon lit, que j’appelais « mon bateau-lit », des heures à écrire et à lire. De retour en France, j’ai commencé à travailler et découvert les ateliers d’écriture. En 2004, j’ai ouvert mon blog Ma vie sans moi et commencé aussi à aider les gens à écrire leur propre livre. Je suis devenu prête-plume, comme on dit aujourd’hui : je n’ai pas écrit mes propres livres mais ceux des autres. J’aimais découvrir les pensées, les histoires et les personnages de mes clients – mais ceux que j’abritais en moi ont commencé à protester. Et, de plus, violemment. C’est à ça que m’a servi le blog : avant de commencer à me glisser dans les mots et les histoires des autres, j’avais un moment où je donnais corps à mes mots et mes histoires à moi. Ce blog aura 21 ans ans le 24 février, et je n’ai pas arrêté d’y écrire. Le deal que j’ai passé avec mes lecteurs-qui-sont-surtout-des-lectrices – et avec moi-même –, c’est d’écrire tous les jours, hors vacances, week-end et formation. Donc, c’est un blog presque quotidien.

Vue de dessus des jambes d'une femme avec une longue robe fleurie et un carnet de notes, une tasse de café sur la table à côté

Tenir un blog, c’est écrire sur un clavier et un écran, ce qui n’est pas la même chose qu’écrire un journal sur un cahier avec un stylo à la main…

Surtout, un blog n’est pas un journal. Un journal, pour moi, n’a pas vocation à être montré. Un blog, si. Ou alors c’est un journal extime. En réalité, ce que je voulais – donc depuis que j’ai huit ans et me vois comme écrivain –, c’était écrire pour des gens qui me connaissent et des gens qui ne me connaissent pas ; le blog me sert de laboratoire et pour tout dire, de beaucoup d’autres choses.

Écrire pour les autres, c’est aussi un peu un laboratoire…

Pas du tout. C’est un exercice d’écoute, de confiance, d’accoucheuse, de maïeutique. Ça ne m’a pas le moins du monde préparée à écrire. Enfin si, pour une chose : quand j’écrivais pour les autres, je leur demandais le style qu’ils voulaient ; je prenais ensuite un Post-it où j’avais écrit, par exemple, « Simple… Clair ». Je fais la même chose pour moi, maintenant : je me demande ce que je veux comme style. L’année dernière, j’ai écrit un livre pour lequel je voulais que le style soit honnête et vulnérable. J’ai marqué sur un Post-it « Honnête… vulnérable ». Dès que j’étais tentée d’éluder un peu ou de ne pas aller jusqu’au bout de la tristesse que je pouvais ressentir, je retrouvais mon Post-it et je me corrigeais. 

Tu écris aussi un journal intime pour toi…

J’ai deux pratiques de diariste. Chaque matin, j’écris trois pages. C’est une pratique recommandée par l’américaine Julia Cameron que j’ai découverte en 2010. Ses livres, et notamment Libérer sa créativité, ont changé ma vie. Elle dit que beaucoup de gens sont des « shadow artists » : ils aident les autres à mener leurs projets artistiques mais ne mènent pas les leurs. Ce qui était véritablement mon cas quand j’étais « ghost writer ». Elle donne la porte d’accès à sa propre créativité, notamment avec l’écriture de trois pages tous les matins au réveil. En quatorze ans, j’ai dû louper trois fois ce rendez-vous de moi à moi.

Ah oui !

Je suis assez sérieuse quand je me mets à faire quelque chose… C’est comme se laver les dents : il n’est pas question que je ne le fasse pas, je ne sors pas sans les dents lavées. Quand je travaille, je mets des chaussures, et je commence ma journée avec les pages du matin. C’est le principe.

Tu as systématiquement de l’inspiration ?

Ah non. J’écris des espèces de pensées. En ce moment, je « complote » (médite, élabore) une formation. J’avais passé la nuit d’hier à rêver de mon projet si bien qu’hier matin, j’avais des idées à la pelle ; la plupart d’entre elles ont atterri dans les pages du matin ! Par contre, cette nuit, j’ai très bien dormi, je n’ai le souvenir d’aucun rêve, et ce matin, j’ai allumé la radio et pris la dictée de France Inter sur trois pages. Ça n’a aucun intérêt. D’ailleurs, très souvent ce que j’écris dans les pages du matin n’a aucun intérêt en soi.

Tu te relis ?

Non, c’est comme si je relisais l’eau du bain ! Enfin, si, je me relis parfois : comme hier, quand je sais que j’ai travaillé pendant les pages du matin, je souligne ce que j’ai écrit et je le reprends plus tard, je développe les arguments, les idées, etc. Ça arrive une fois sur dix ou sur vingt. En général, ce sont seulement des obsessions, des trucs qui sont dans ma tête, des images, des souvenirs de la veille, et c’est bien que ça sorte. Un lieu pour sortir les déchets et les trésors, un mix des deux, comme le compost. Quand c’est un trésor, je le vois tout de suite et le souligne pour le retrouver ensuite facilement. C’est quand même une espèce de fatras… Et quand le cahier est fini, je le jette, pouf. Un jour, je suis allée à la cave et il y avait des tas de caisses avec mes pages du matin. Et j’ai eu une vision : je veux que mes livres soient traduits. J’avais vu un reportage sur Umberto Eco qui montrait à Bologne sa bibliothèque pleine de tous ses livres traduits. Il fallait que je fasse de la place si je voulais moi aussi avoir des rangées de livres traduits dans mes étagères. J’ai eu cette vision alors que j’avais très peu de livres publiés, j’ai ajouté foi à cette vision et zou, poubelle les gros cahiers. Quatre ou cinq ans après, il y avait des livres traduits…

À part l’écriture, quelles autres formes de création utilises-tu ?

Je dessine. Je joue de la guitare, mais pas en ce moment. Quoi d’autre ? J’ai aussi rencontré et incarné ma clown. Je reviens régulièrement à ces trois terrains de jeu : le dessin, la guitare et le clown. Je couds aussi, enfin, je répare mes habits aimés de manière sérieuse et compulsive. Mais l’écriture, c’est tous les jours, alors que le dessin, la guitare et le clown, ou les réparations, c’est par période. Je cuisine aussi, fais du jardinage… J’ai d’autres grandes passions, comme les chiens. L’écriture, le jardin et mon chien sont les seules passions qui m’occupent quotidiennement. Ah oui, la cuisine aussi ! Les autres passions sont plus occasionnelles…

L’écriture est une passion créatrice : le chien aussi ?

Je me documente sur les chiens, j’écoute des podcasts sur les chiens, je continue à me renseigner sur leur éducation, je passe ma vie avec mon chien. Les chiens sont ma première passion. J’ai aimé les chiens avant l’écriture, et je pense que j’aimerai le chien après tout. Et puis, quand on écrit, on est souvent seul, alors la présence d’un chien, c’est précieux !! 

Tu crées quelque chose en permanence…

Comme tous les humains, je pense. C’est vraiment la méthode de Julia Cameron qui a libéré ma productivité créatrice. Avant elle, j’ai suivi les stages de Jean Pascal Debailleul qui a bien pavé le chemin. Il y a un conte de fées des frères Grimm que j’adore : Le Vieux Cricrac. Comme dans ce conte, je voyais mon génie enfermé au cœur d’une montagne de cristal. L’histoire raconte comment le héros, à force d’observer, libère la princesse prisonnière de la montagne. Les outils de Julia Cameron m’ont servi d’observation patiente de la princesse : chaque jour, quand j’écris les pages du matin, je regarde à la fois la princesse et le Vieux Cricrac qui empoisonne le royaume. Quand je fais mes excursions dans la ville ou dans la nature, mes goguettes en solo, je libère aussi ma princesse. Julia Cameron m’a aidée à trouver les deux principales portes d’accès vers ma princesse et aussi à observer ce que fait le Vieux Cricrac. Jean Pascal Debailleul et les contes de Grimm d’abord et Julia Cameron ensuite, sans parler de mon travail persistant et de mes recherches, sont un cadeau vers l’expression incessante de ma créativité . Dans ma vie, elle passe principalement par l’écriture, mais elle est de fait protéiforme. Je n’ai pas arrêté de transmettre cette méthode et mes trouvailles depuis 2012, au travers de séminaires, de coachings, sur mon blog… Je ne rate pas une occasion de témoigner de ce que j’ai découvert avec Jean-Pascal et Julia. 

Quelle est la place de la lecture avec tout ça ?

Ah ben, je lis tout le temps. Cette nuit, je me suis réveillée, tirée par la curiosité de poursuivre ma lecture des Versets sataniques : j’ai lu de 5 h 00 à 6 h 45. Hier, j’ai lu une heure et demie, de 3 h 00 à 4 h 15 du matin. Je me réveille la nuit pour lire quand j’ai un bon bouquin. Concernant les Versets sataniques, je ne peux pas lire quand je suis bien réveillée, il faut que je sois un peu dans un état second et que j’aie beaucoup de temps parce que c’est quand même fort touffu. Il y a quatre ou cinq piles de livres devant mon lit : beaucoup de romans américains, et aussi des livres sur la créativité et la stratégie, un livre sur les chiens, un livre sur les nœuds, un livre sur la Normandie parce que j’y pars la semaine prochaine et mes fameux Versets sataniques. Mais en Normandie, je prévois d’apporter Les Diaboliques, de Barbey d’Aurevilly parce que je vais dans le Cotentin là où il a grandi. En même temps, je n’ai pas envie de me séparer de Salman Rushdie… Pour choisir mes lectures, il y a  plusieurs critiques français ou américains à qui je fais confiance, et quand j’aime un auteur, je suis contente de retrouver d’autres de ses livres. On est allés au Marché aux livres Georges Brassens, et j’ai acheté plein de livres d’auteurs que j’avais lus quand j’étais ado ou plus jeune adulte.

Tu as écrit beaucoup de livres pour les autres, ensuite des livres pour toi…

Je n’ai pas l’impression que les livres des autres soient de moi… Mon premier livre marquant, c’est Aujourd’hui je choisis la joie. Il est venu après des vacances en Corse que j’avais adorées, et je trouvais le retour douloureux. Je me suis dit je vais faire un contrepoids : les endroits où j’habite me plaisent énormément, mais quand je reviens de Belle-Île ou de Corse, tout me semble affreux, et j’ai du mal à me réadapter à Paris ou Malakoff alors que je suis pourtant ravie d’y vivre. Quand je reviens de vacances, il me faut du temps pour m’acclimater, pfffff, j’ai du mal avec les transitions. J’ai du mal à m’arracher de la maison, et j’ai du mal à y revenir quand j’en suis partie. J’ai donc commencé Je choisis la joie pour trouver des moments de joie dans ma vie quotidienne : 100 moments de joie. À cette époque-là, j’étais méga spirituelle et j’ai donc écrit et inséré des prières. Aujourd’hui, je choisis la joie était un livre spirituel. Ensuite, Trouver son Ikigai, au départ, était une commande d’éditeur. Je suis tombée sur une éditrice géniale, Sophie. Elle avait spoté une tendance dans une foire du livre à Francfort ou à Londres, et à son retour m’a proposé : « Ikigai. » J’ai regardé ce que ça voulait dire : vocation. Comme je m’interroge depuis la prime enfance sur ma vocation – qu’est ce que je fais de mon talent ? –, j’ai dit oui tout de suite. Ensuite, Sophie m’a donné un délai court pour écrire le livre, parce qu’elle voulait qu’on soit les premières sur le sujet. Et on a bien fait : plein de bouquins ont suivi, mais on était les premières. Ce livre a donc été écrit « hop hop hop » – il aurait gagné sans doute à être approfondi ! Et il est très chaleureux, et les gens qui le lisent l’aiment beaucoup, le livre se vend toujours au bout de sept ans. J’ai écrit la suite en 2024 : Vivre pleinement son Ikigai. Quand tu as trouvé ta vocation, comment tu l’habites, comment tu trouves le prince charmant et ensuite comment tu vis avec lui. J’ai beaucoup plus travaillé pour ce livre, et j’ai d’ailleurs explosé les délais. Eh bien, ça intéresse beaucoup moins les foules. C’est dommage, parce qu’il est sans doute plus profond, plus fouillé, plus triste aussi que son grand frère. Bon, le mystère de la vie d’un livre. 

Il n’existe pas de recette d’un livre qui marche, ça se saurait… Et Le vent dans la robe, alors ?

J’ai adoré prendre autant de temps pour écrire des histoires aussi courtes. J’ai commencé en 2001 à écrire les premières nouvelles, avant de les reprendre en 2008, puis en 2017. C’est fou la quantité de temps qu’il m’a fallu pour composer un recueil aussi minus en taille ! Je suis allé plusieurs fois à Belle-Île pour me documenter sur les lieux et bien vérifier les endroits. J’ai vraiment beaucoup, beaucoup travaillé, et tout ça pour un livre de moins de 150 pages vendu à 100 exemplaires. Quelle joie, quelle satisfaction, quel compagnonnage avec des êtres et des situations parfois cuisantes mais très souvent poignantes et pour un résultat aussi modeste ! Et ça me va très bien. Ça me tenait fort à cœur que ce livre paraisse, c’était hyper important pour moi. Plein de gens m’ont dit : « Ouais, c’est des petites histoires, il ne se passe pas grand chose, il n’y a pas d’enjeu.… » J’ai reçu plein de critiques pas vraiment porteuses. Mais j’ai aussi des amis qui m’ont dit : « C’est ce qu’on préfère de tout ce que tu as écrit, c’est délicat, ça nous émeut. » Et moi, j’y tenais, à ce livre. Je ne sais pas pourquoi, j’avais l’impression que je leur devais ça, à mes histoires, qu’elles soient racontées et partagées. Et tu les as lues, Guillaume, et tu les as aimées et portées avec moi !!!! Quel beau cadeau, ça aussi. 

Alors, le prochain livre ?

Tu sais, les enfants à l’heure du bain… Ils font toute une histoire pour entrer dans la baignoire, et pas moyen de les en sortir.  Eh bien, c’est pareil entre moi et tous mes gestes créatifs. Pour écrire mes livres aussi ! Ce qui m’a aidée à terminer l’écriture de mon dernier livre, que j’avais eu du mal à commencer pourtant, c’est que j’avais des histoires qui poussaient, des histoires de fantômes. Je me suis dit : « C’est pas grave, tu finis d’écrire le livre, et après tu pourras écrire tes histoires de fantômes. » Sauf qu’en fait, à la rentrée, j’ai eu envie de bien me consacrer à la promo de mon livre, de le porter honnêtement dans le monde. Total, j’ai dû mettre de côté mes histoires de fantômes, que je voulais écrire avec toute l’attention qu’elles aussi méritent.. Et le problème, quand tu mets de côté une idée, c’est que parfois elle va voir ailleurs… Mais là, avec la fin de l’hiver, l’idée commence à repointer. Et quand tu m’as dit qu’on allait republier Le vent dans la robe, mes histoires de fantômes timidement ont soulevé le voile et m’ont murmuré : « Tu voudrais pas nous reconsidérer ? » Et je leur ai répondu : « Si mes cocottes, ça va bientôt être votre tour… »

Et alors ?

Pour l’instant, je suis enceinte d’autre chose, la formation dont je te parlais tout à l’heure et dont je rêve la nuit… C’est vraiment un truc gestationnel, mes projets importants. J’ai du mal à porter en même temps une formation que je crée moi-même et un livre nouveau. Cela dit, les histoires de fantômes sont en train de faire leur bout de chemin. J’ai déjà fait la listes de plusieurs histoires que je voulais raconter (enfin, plus exactement, qui veulent que je les raconte !), et j’en ai quand même écrit deux ou trois à la rentrée… Je suis prise entre plusieurs loyautés : l’envie de créer mes formations, qui me rapportent pour le moment moins d’argent que les livres mais qui ont du sens pour moi, et puis l’envie et la nécessité d’écrire mes histoires. Je navigue entre ces deux pôles. Comme depuis quatre ou cinq ans j’ai beaucoup privilégié les formations, j’ai décidé que j’allais rééquilibrer un peu les énergies.

Quand tu écris, il y a donc les textes pour lesquels tu prends du temps et sur lesquels tu reviens, ce qui n’est pas le cas de l’écriture de tous les matins…

Alors tous les matins, ce n’est pas de l’écriture : c’est comme si j’allumais une radio et que je n’arrêtais pas de changer les fréquences, de tourner les boutons. Je ne tente pas de saisir ni de comprendre ma pensée qui va dans toutes les directions. Elle écrit tout à fait n’importe quoi, parfois elle suit un fil… Hier, par exemple, quand j’avais plein d’idées sur cette formation, je les ai toutes notées, en les soulignant. Je n’ai pas toujours un sujet à adresser : ce matin, c’était vraiment n’importe quoi et, en général, c’est ça, n’importe quoi. Donc, ce n’est pas un journal. En revanche, quand j’ai une histoire à raconter, je l’inscris dans une liste d’histoires et, quand je suis en forme, je me lance : « Aujourd’hui, je vais raconter telle histoire. » Sur mon blog, c’est un mix entre intentionnalité et spontanéité, j’ai un sujet d’écriture prévu pour aujourd’hui et, parfois, je n’ai pas de sujet, je me mets au clavier et les mots surgissent. Soit je m’appuie sur un sujet préexistant, soit il y a un sujet qui émerge, soit un mix des deux… Aujourd’hui, abondance, j’ai en tête au moins deux sujets sur lesquels je pourrais écrire. Et puis dans mes pratiques d’écriture, j’ai aussi un carnet pour tous les jours, dans lequel je note au vol mes idées, mes pensées de la journée, mes désirs, les mots des autres quand ils m’enchantent, et fais plein de dessins. Ces carnets-là, pour le coup, je les emmène partout avec moi, je les bichonne, je les révère et je les garde dans de grandes boîtes rouges. 

Tu écris plus souvent à la main que sur l’ordinateur, finalement… 

Un mix des deux. Pour la formation que j’imagine, j’ai créé des mindmaps sur mon ordinateur, et aussi j’ai ajouté un petit carnet pour noter mes idées. J’utilise beaucoup les carnets pour imaginer mes projets. J’ai donc ouvert un carnet spécifique pour cette formation, en plus des fichiers sur ordi. C’est pratique aussi quand je pars en week-end ou en vacances, ou même dans le métro, et que je n’ai pas mon ordi mais que me viennent des idées. Je fais exactement la même chose quand j’écris un livre : j’ai toujours un carnet dédié, où je marque mes idées, où je ronchonne, où je questionne, « et maintenant, j’écris quoi ? ». Je fais aussi beaucoup de mindmapping pour structurer ma pensée, chaque chapitre ou chaque histoire a son soleil avec les différents éléments qui vont m’aider ensuite à écrire le chapitre et le livre. Alors parfois je les ai sur l’ordinateur, et donc je fais très souvent l’aller-retour avec mes carnets. J’ai autant de carnets que de projets, et je prévois d’ouvrir un carnet spécial pour les nouvelles… C’est une manière de donner une existence physique aux projets. Mais il faut que les carnets soient beaux, aussi ! C’est important, il faut que le carnet donne envie d’entrer dedans, et d’y revenir.

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