Voici donc une courte présentation de notre manière de concevoir ce que nous avons la chance de publier.
Auparavant, une précision s’impose : l’impression à la demande entraîne des choix graphiques que l’édition classique ne connaît pas nécessairement. En effet, le prix de revient d’un exemplaire imprimé à la demande est évidemment supérieur à celui d’un exemplaire prélevé d’un tirage de plus de 100 exemplaires. Il devient donc essentiel de rationaliser la mise en page afin de réduire ce coût d’impression à la demande. Car, en dehors des coûts fixes (papier, encre, machine, etc.) indispensables pour faire fonctionner l’impression et sur lesquels l’éditeur n’a aucun moyen d’agir, il ne reste que la conception qui puisse être améliorée pour limiter autant que possible le prix de vente du livre. Ce travail intervient à plusieurs niveaux : format, mise en page, couverture, choix du papier…
Format
Puisque nous imprimons à la demande, c’est-à-dire à la page (ce qui est quand même génial !), plus un texte est volumineux, plus le format du livre sera grand. Le but du jeu est alors de réduire les coûts afin de proposer un prix de vente public acceptable, sachant que ce dernier servira à payer l’auteur, l’imprimeur, le distributeur, le libraire, la TVA et, in fine, l’éditeur.
Nous utilisons cinq formats selon le nombre de pages ou la nature du texte.
• 111 x 178 mm : format poche, utilisé par la collection Monochrome, dont les titres sont vendus 10,00 €. Les textes publiés, qui sont des essais, tournent autour de 100 pages.
• 120 x 190 mm : format intermédiaire pour les livres dont la pagination ne dépasse(rait) pas 200 pages, son prix de vente public varie entre 15,00 € et 18,00 €. Les collections Poésie et Théâtre en bénéficient.
• 133 x 203 mm : format classique, utilisé pour les grands romans et les gros essais. Les paginations varient entre 200 et 400 pages, les prix entre 20,00 et 25,00 € (notamment s’il y a de la couleur, dont le coût d’impression est supérieur à celui du noir et blanc).
• 152 x 229 mm : format semblable à celui des best-sellers. Peu de titres en bénéficient parce que nous l’utilisons exclusivement pour les très gros textes afin de réduire leur coût d’impression.
• 187 x 229 mm : format de la revue Au Fait, qui sert également à certains titres illustrés.
Mise en page
• La mise en page s’effectue sur le logiciel InDesign. Grâce à plusieurs curseurs, nous pouvons agir sur le nombre de pages tout en préservant distinction et agrément de lecture.
• Nous utilisons exclusivement la police de caractère Coline, créée en 2009 par la typographe Émilie Rigaud, qui l’a conçue pour la rendre élégante, contemporaine et lisible, même à taille réduite. Elle a été primée en 2011 au Type Design Prize du Tokyo Type Director’s Club. Grâce à Coline, une page contient plus de texte tout en préservant le confort de lecture, nous imprimons donc moins de pages.
• La grille de ligne de base, sur laquelle les lignes du texte reposent dans la page, varie en fonction du format du livre et de la pagination finale souhaités : plus serrée elle réduit cette dernière, plus large elle l’augmente. En agissant sur la taille du caractère et son approche (l’espace entre les lettres), nous pouvons également jouer sur la quantité de texte par page. En général, nos livres sont en caractère Coline, taille 10,5, approche 0, grille de ligne de base 14.
• Dernier curseur, les marges en haut et en bas, puis à gauche et à droite, compriment plus ou moins le texte dans la page. Nous veillons cependant à réduire le moins possible les marges extérieures afin que les mains puissent tenir le livre sans gêner la lecture en empiétant sur le texte.
•Enfin, nous veillons à respecter certaines règles de typographie basiques pour maintenir une mise en page harmonieuse : début de chapitre en page impaire (à gauche), alinéa (espace vide) au début des paragraphes non précédé d’un interligne, aucune veuve (ligne isolée en haut d’une page) ni orpheline (ligne d’un paragraphe isolée en bas d’une page), pas de pagination en fin de chapitre ni sur les pages blanches…
Couverture
Quasiment toute l’image (l’identité) de Cent Mille Milliards tient à ses couvertures : ce sont elles que le public (et les auteurs) voient en premier. Nous les avons longtemps travaillées afin de trouver comment elles pourraient exprimer la personnalité de l’éditeur et être reconnaissables parmi les couvertures de la concurrence. Hormis les collections Poésie, Théâtre et Monochrome, qui bénéficient chacune de leur propre graphisme, elles appliquent ainsi plusieurs caractéristiques :
• Photo ou illustration pleine page.
• Positionnement fixe et aéré des éléments pour accroître la lisibilité.
• Nom de l’auteur en typographie Coline et minuscules blanches.
• Titre en typographie Coline et capitales blanches.
• Sous-titre en typographie Coline et minuscules blanches (s’il y en a un).
• Genre en typographie Coline et tout en minuscules blanches.
• Logo Cent Mille Milliards en pied de page. Ce dernier se décline de deux manières : centré quand les mentions le sont, aligné sur celles-ci quand elles se placent à gauche ou à droite.
• Quatrième de couverture reprenant une teinte de la couverture, avec logo, code-barres, mentions techniques en pied de page.
Impression
Avec Lightning Source, nous avons la possibilité d’utiliser plusieurs types de papier pour l’intérieur ou pour la couverture. Nous avons fait les choix suivants :
• En couverture, papier 210 g, pelliculage mat « soft touch ».
• À l’intérieur, pour le noir et blanc, papier offset crème 70g lisse, non bouffant et sans bois (il se conserve plus longtemps !) ; pour la couleur, papier offset blanc 105g (sans bois non plus).
• Les papiers sont labellisés PFC, c’est-à-dire issus de forêts gérées durablement.
• Les encres sont à l’eau.
Évolutions
Quelques pistes sur lesquelles nous travaillons pour faire évoluer notre métier.
• Lightning Source et Hachette Livre Distribution rendent notre catalogue entièrement accessible dans le monde entier : une commande passée en Afrique du Sud est imprimée en Afrique du Sud, ce qui évite un transport polluant et coûteux.
• L’impression à la demande ne bénéficie aujourd’hui d’aucune aide ni d’aucun support promotionnel, alors que nos livres sont garantis 0 retour, 0 stock, 0 pilon, 0 indisponibilité, moins de CO2 produit, moins d’énergie consommée. Pourquoi ne pas profiter d’un label pour afficher ces avantages sur tous nos livres ?
• À propos de 0, nos livres sont également 0 IA (que ce soit pour les textes ou pour les illustrations de couverture). «IA n’a pas !» C’est bien de le dire, mais c’est quand même emmerdant de devoir le préciser. Ce serait plutôt à l’IA de se signaler quand elle est présente («IA plein d’IA»)…
Voilà. Désormais vous savez tout. Nous espérons que ce travail «bien conçu» s’est énoncé «clairement».
Maintenant, au choix, nous pouvons terminer avec Nicolas :
«Hâtez-vous lentement ; et, sans perdre courage,
Vingt fois sur le métier remettez votre ouvrage :
Polissez-le sans cesse et le repolissez ;
Ajoutez quelquefois, et souvent effacez.»
Ou, préférer notre cher Raymond :
«Allons plutôt nous laver à la fontaine et saluer ce gai matin dans l’hygiène et la sainte euphorie !»