IA un problème ?

L’été ne nous a pas épargnés, la rentrée littéraire non plus. L’intelligence artificielle s’est inopinément invitée au festin annuel des innombrables romans de l’automne. Et les médias se sont régalés…

Ça fait deux semaines que je dois écrire un texte court (deux feuillets de 1500 signes, pas plus, une lecture sur internet est rapide) et séduisant sur le débarquement en fanfare de l’intelligence artificielle (IA) dans l’édition française cet automne. Le sujet est à la fois brûlant – les cendres couvent encore, et Cent Mille Milliards est toujours au fait de l’actualité, c’est important de montrer que nous maîtrisons notre sujet, quoi qu’on en pense –, et amusant – encore une fois, l’édition française se fait chopper par la police des mœurs technologiques et s’offusque avec une belle vigueur intellectuelle qui fait sourire tout le monde.
J’écris « encore une fois » parce que l’histoire de la littérature française montre combien les acteurs de cette dernière aiment affronter les éléments sociétaux et manifester leurs élégantes protestations devant les évolutions inéluctables de leur époque : souvenons-nous du scandale de l’apparition du livre de poche, des méfaits de la télévision sur la lecture, des ravages du numérique sur un secteur culturel fragile, de la prédation des jeux vidéo sur la jeunesse, de la puissance des plateformes en ligne, etc., etc., etc.

Nous avons tous eu connaissance les événements tonitruants de cette rentrée littéraire 2026 à propos d’un auteur à qui il est reproché d’avoir utilisé de l’IA pour écrire son livre. Livre tant qu’à faire déjà récompensé par plusieurs prix littéraires et retenu sur leurs listes par d’autres prix prestigieux. Après avoir disparu subrepticement au cœur de la tempête médiatique, l’écrivain incriminé vient cette semaine de refaire surface et de prendre la parole par communiqué de presse tandis que son livre a continué, lui, de surfer sur la vague et de se maintenir en tête des ventes : il nie toute utilisation de l’IA dans son roman.
À l’origine de cet ouragan invraisemblable, le battement d’aile d’un papillon numérique : le post d’un compte (anonyme) sur un réseau social (américain) qui dénonce l’usage de l’IA dans la littérature française, opération rendue possible grâce à… un algorithme, nous ne rêvons pas.

Évidemment, je n’arrive pas du tout à écrire mon texte. Le sujet ne manque pourtant pas d’intérêt, je n’éprouve aucun malaise, aucun trouble à discuter de tout ça, au contraire, c’est passionnant de parler création littéraire et des outils qui facilitent le travail de l’écrivain. Nous n’écrivons plus à la plume ni à la lumière d’une bougie, si vous voyez ce que je veux dire… J’entends aussi certaines personnes parmi vous s’esclaffer : « Il n’a qu’à demander à une IA de l’écrire, son texte ! » Mais alors laquelle et pourquoi l’une plutôt que l’autre ?

Mais non, en fait. Non. Bien sûr que non. Autant prendre le scorpion sur son dos pour lui faire traverser la rivière…

En revanche, on me dit que certains envisagent de créer un prix littéraire du livre écrit avec l’aide de l’IA. Pourquoi pas ? Personnellement, je trouverais ça beaucoup plus intéressant et amusant si le jury était composé exclusivement de toutes les IA disponibles.

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