#démocratie

10/06/2024

Jean Brousse

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Coup de poker, de tonnerre, vertige, explosion, séisme… entre autres. Les titres de la presse française retrouvent les accents des grands soirs depuis ce 9 juin grandguignolesque.


Badaboum ! 

Et pourtant les résultats de ces élections européennes étaient bel et bien annoncés depuis de longues semaines humides. Au café du village, le lundi matin, les habitués hébétés découvrent avec angoisse et stupéfaction ce qu’ils ont eux-mêmes déclenché en votant hier… Sans y croire, au hasard, sans savoir ? Certains par conviction, beaucoup par sanction, besoin impérieux de manifester leurs frustrations rentrées, d’autres mus par de savants calculs plus ou moins stratégiques plus malicieux que le bon vieux billard à trois bandes, tous, ou à peu près, ignorants de la procédure : proportionnelle, de liste, à un tour… Compliqué !

Et puis, l’Europe ! Quelles listes candidates en ont vraiment parlé ? « L’Europe, c’est beau, mais c’est loin ! »* Zéro Jordan Janvier Bardella, menacé par le principe de Peters, se voit déjà président de l’Occident, victime concrète de la Starmania.**


Patatras ! 

Pour ajouter à la gueule de bois, le Président, plus olympien que jamais – c’est de saison ! –,  dissout l’Assemblée nationale. Surprise ? Coup de théâtre ? Pas vraiment. La menace couvait, les prémices rodaient, les oppositions rêvaient. On cherche ce qu’il cherche, le sait-il lui-même ? Certains projets d’importance passeront à la trappe. Les grandes manœuvres, pour le moins improvisées, se précisent. Des alliances pour ou contre nature se dessinent dans le brouhaha des réunions d’états major – la mise en scène est écrite –, les interruptions de séances dramatiques au cœur des nuits chaudes de juin se succèdent, les petites phrases meurtrières courent les rues, les scoops éventés nourrissent l’adrénaline, les micros des chaînes d’info poussent comme autant de champignons vénéneux. Les traîtres et les coureurs de postes se dévoilent, les haines se déchaînent, les racismes se télescopent, les vengeances remuglées éclatent, les règlements de compte se dérèglent. Les appareils se réveillent et les caciques s’accrochent… Un ancien Président part en croisade. Les partis nomment avant la lettre leur Premier ministre. Veulent-ils que le peuple ignore que seul le Président peut inviter à Matignon qui il veut, le moment venu ? Jupiter reste sans doute en embuscade. On verra bien.


Et la démocratie, dans tout ça ?

L’appel au vote du peuple est indiscutablement un acte authentiquement démocratique. Encore faut-il que le peuple, responsable, soit informé. Puisse la campagne qui s’annonce courte nous donner les clés du choix, toutes les clés, des répercussions de notre vote et du rôle de la France dans un monde brinquebalant jusqu’à nos aspirations individuelles. Ce vote à venir engage la responsabilité de chacun lorsque nous abandonnons notre enveloppe dans l’urne. Soyons bien conscients de reconnaître comme notre représentant celui-là même dont le bulletin porte le nom, et assurons-nous qu’il ne nous fasse pas une promesse de gascon. Les promesses, n’oublions pas, n’engagent que ceux qui… N’empêche, Churchill avait raison, la démocratie est le pire des régimes, sans doute. Mais quelle chance de s’y confronter !


Souvenons-nous que la dernière fois qu’un front populaire a géré la France dans une Europe timide menacée par la montée des droites, une guerre s’est ensuivie.


Jean Brousse

Le Lonzac, 16 juin 2024


* Jacques Chirac : « La Corrèze, c’est beau, mais c’est loin »

** Starmania, Michel Berger et Luc Plamondon

Coup de poker, de tonnerre, vertige, explosion, séisme… entre autres. Les titres de la presse française retrouvent les accents des grands soirs depuis ce 9 juin grandguignolesque.


Badaboum ! 

Et pourtant les résultats de ces élections européennes étaient bel et bien annoncés depuis de longues semaines humides. Au café du village, le lundi matin, les habitués hébétés découvrent avec angoisse et stupéfaction ce qu’ils ont eux-mêmes déclenché en votant hier… Sans y croire, au hasard, sans savoir ? Certains par conviction, beaucoup par sanction, besoin impérieux de manifester leurs frustrations rentrées, d’autres mus par de savants calculs plus ou moins stratégiques plus malicieux que le bon vieux billard à trois bandes, tous, ou à peu près, ignorants de la procédure : proportionnelle, de liste, à un tour… Compliqué !

Et puis, l’Europe ! Quelles listes candidates en ont vraiment parlé ? « L’Europe, c’est beau, mais c’est loin ! »* Zéro Jordan Janvier Bardella, menacé par le principe de Peters, se voit déjà président de l’Occident, victime concrète de la Starmania.**


Patatras ! 

Pour ajouter à la gueule de bois, le Président, plus olympien que jamais – c’est de saison ! –,  dissout l’Assemblée nationale. Surprise ? Coup de théâtre ? Pas vraiment. La menace couvait, les prémices rodaient, les oppositions rêvaient. On cherche ce qu’il cherche, le sait-il lui-même ? Certains projets d’importance passeront à la trappe. Les grandes manœuvres, pour le moins improvisées, se précisent. Des alliances pour ou contre nature se dessinent dans le brouhaha des réunions d’états major – la mise en scène est écrite –, les interruptions de séances dramatiques au cœur des nuits chaudes de juin se succèdent, les petites phrases meurtrières courent les rues, les scoops éventés nourrissent l’adrénaline, les micros des chaînes d’info poussent comme autant de champignons vénéneux. Les traîtres et les coureurs de postes se dévoilent, les haines se déchaînent, les racismes se télescopent, les vengeances remuglées éclatent, les règlements de compte se dérèglent. Les appareils se réveillent et les caciques s’accrochent… Un ancien Président part en croisade. Les partis nomment avant la lettre leur Premier ministre. Veulent-ils que le peuple ignore que seul le Président peut inviter à Matignon qui il veut, le moment venu ? Jupiter reste sans doute en embuscade. On verra bien.


Et la démocratie, dans tout ça ?

L’appel au vote du peuple est indiscutablement un acte authentiquement démocratique. Encore faut-il que le peuple, responsable, soit informé. Puisse la campagne qui s’annonce courte nous donner les clés du choix, toutes les clés, des répercussions de notre vote et du rôle de la France dans un monde brinquebalant jusqu’à nos aspirations individuelles. Ce vote à venir engage la responsabilité de chacun lorsque nous abandonnons notre enveloppe dans l’urne. Soyons bien conscients de reconnaître comme notre représentant celui-là même dont le bulletin porte le nom, et assurons-nous qu’il ne nous fasse pas une promesse de gascon. Les promesses, n’oublions pas, n’engagent que ceux qui… N’empêche, Churchill avait raison, la démocratie est le pire des régimes, sans doute. Mais quelle chance de s’y confronter !


Souvenons-nous que la dernière fois qu’un front populaire a géré la France dans une Europe timide menacée par la montée des droites, une guerre s’est ensuivie.


Jean Brousse

Le Lonzac, 16 juin 2024


* Jacques Chirac : « La Corrèze, c’est beau, mais c’est loin »

** Starmania, Michel Berger et Luc Plamondon
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